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  Actualités > Dossiers spéciaux > Adhésion du privé (maj 8 dec 2004)

 

Avant propos :
Nous publions ci-dessous les tribunes libres de collègues syndiqués au sujet de la question de l'adhésion à la FSU des syndicats du privé. Envoyez vos contributions à webmaster@snepfsu.net


Le 08 décembre 2004
Gael LE RHEUN
Militant du Nord

NON à l'adhésion du SUNDEP et du SNUDEC dans la FSU.

La question de l'adhésion de ces deux syndicats ne se résume pas qu'à un problème d'élargissement de la FSU. Discuter sur ce sujet revient à débattre de ce qu'est un syndicat, de ce que sont le SNEP et la FSU.
En effet, le SNEP et la FSU agissent par rapport à des problèmes qui se posent à la profession dans de nombreux domaines (carrières, salaires, conditions d'enseignement, place de l'EPS, mutations, examens, programmes…).
Ces revendications se fondent (du moins je l'espère) sur des valeurs, sur un projet de société, sur un projet pour l'école et ses personnels.
Il est certes réel que les travailleurs du privé (confessionnels ou non) partagent de nombreux problèmes avec le public. Mais intégrer ces deux syndicats c'est aussi intégrer les valeurs, le projet de société et d'éducation portés par l'école privé.
Quel avenir voulons nous pour la FSU. Une fédération, qui au nom d'une représentativité accrue et de la croissance des syndiqués, va voir ses revendications se diluer, s'édulcorer pour plaire (ou plutôt pour ne pas déplaire) au plus grand nombre ?
Pire, un virage des valeurs et des revendications vers d'autres horizons " politiques " moins sociaux, moins exigeants, une sorte de CFDT de l'éducation nationale ?
Ou au contraire, dans un contexte d'offensive libérale telle que nous la subissons aujourd'hui, voulons nous renforcer le caractère de résistance de la FSU pour sauvegarder et améliorer le service public d'éducation ?
Je pense que le SNEP doit affirmer haut et fort certaines valeurs. J'espère une FSU qui en ferait autant. Au nombre des valeurs essentielles à défendre et à promouvoir il y a les caractères public, national et laïque de l'école.
La démocratie impose que la religion soit exclusivement une affaire privée. La laïcité de l'état et de l'école, garantie par la loi de 1905, est indissociable de la république une et indivisible. Un service public et laïque c'est la garantie de plus de démocratie, d'une meilleure justice sociale car il s'adresse à tous quelle que soit l'origine sociale, culturelle, ethnique…
A l'heure où cette loi constitutive de notre société est attaquée par certains responsables politiques il ne me semble pas opportun d'intégrer à la FSU des syndicats relevant du domaine privé confessionnel.
Je ne crois pas non plus que nous pourrons trouver une position commune avec ces syndicats pour lutter ensemble dans la perspective d'un grand service public d'éducation.
Et si pour certains l'affirmation et la lutte pour certaines valeurs relèvent de " position de principe " ou de " sectarisme " et qu'en plus cela est  " obsolète " alors il faudra qu'ils nous expliquent sur quoi ils fondent leur activité syndicale.
La FSU a lancé un appel à débat sur cette question. Le débat est bien timide et je m'interroge sur la façon dont la décision finale va être prise. Simple discussion au sein des conseils départementaux et décision par les instances nationales ou vote des syndiqués ? Je souhaite que la FSU mette en place les véritables conditions d'une démocratie pour aboutir à une prise de décision.
J'espère que la véritable identité du SNEP est celle de la laïcité et du combat pour la promotion d'un service public fort et d'une école qui s'adresse à tous, véritable pilier de la démocratie et de la solidarité nationale.
La FSU et le SNEP sont devant un dilemme. Intégration ou non.
Je ne crois pas, comme le laisse penser le titre de l'article de C. Guénot dans le bulletin n°724, au caractère inéluctable de l'une ou l'autre des solutions. Cet argument, employé très souvent par les promoteurs de la libéralisation économique, n'est là que pour cacher les véritables enjeux d'un problème et nier l'existence d'autres voies que celle qu'ils préconisent. Ce n'est pas et ne doit pas être inéluctable.
La FSU et le SNEP doivent choisir :
-soit réaffirmer nos valeurs avec encore plus de vigueur pour faire de notre syndicat un outil efficace de promotion d'une école laïque ambitieuse et d'une société démocratique plus juste. Ce qui me pousse à prendre position contre l'intégration du SUNDEP et du SNUDEC. Ce qui n'interdit pas, bien au contraire, de se retrouver pour défendre certains intérêts comme cela a déjà été le cas de nombreuses fois (les retraites par exemple).
-Soit les intégrer pour augmenter le nombre de syndiqués et la représentativité de la fédération avec le risque de perdre de ce fait certaines de ces valeurs. Mais là, attention, ce seront peut-être les militants convaincus qui quitteront alors le navire.


Le 12 novembre 2004
Claude GUENOT
S2 SNEP Cher et S2 FSU Cher

L'adhésion des syndicats de l'enseignement privé à la FSU: inéluctable, juste et nécessaire.

C'est un fait : la FSU a fait le choix de son élargissement (même si le SNEP avait manifesté à l'époque, une réticence, arguant de la perte d'identité originelle et originale de la FSU centrée sur les travailleurs des services publics de l'éducation, de la culture et de la recherche).
Au-delà de cette première remarque, il nous faut considérer sereinement que le premier devoir du syndicalisme, c'est la défense des personnels qui s'adressent à lui et qui se réclament de ses options fondamentales. La CGT, par exemple, rassemble aussi bien les salariés du privé que du public, ceux de France Télécom et ceux de Bouygues. Il n'y a pas d'un côté des travailleurs respectables et de l'autre, des pestiférés sous prétexte que la politique ou la philosophie de l'entreprise qui les emploie, est condamnable.
Combien de nos anciens camarades de promotion, combien de reçus-collés n'ont trouvé la possibilité d'exercer que dans le privé pour gagner leur vie ? Faut-il les condamner pour autant ?
Par ailleurs, l'enseignement privé sous contrat, particulièrement l'enseignement confessionnel, est subventionné à 90 % par de l'argent public. Chaque euro injecté dans l'éducation nationale, chaque euro gagné par l'action syndicale profite aux deux voies de formation. Les positions de principe intangibles, le sectarisme sont obsolètes de ce point de vue. Ils ne règlent rien, ils ne font que radicaliser une situation sur laquelle, les tenants de l'enseignement privé s'appuient pour justifier son existence. La perspective d'un grand service public laïque d'éducation pour tous, me semble plus accessible si, ensemble, les personnels sont réunis autour d'une ambition commune.
Alors oui, sous condition qu'il n'y ait qu'un seul syndicat de l'enseignement privé et qu'il ”épouse” les thèses de la FSU, il faut ouvrir grandes les portes.
De mon point de vue, nous pourrions même envisager que nos collègues qui enseignent l'EPS dans le privé, souvent dans de plus mauvaises conditions que nous, se voient offrir la possibilité d'adhérer directement et simplement au SNEP.

Claude GUÉNOT
S2 Cher et S2 FSU Cher


Le 12 novembre 2004
Olivier LEROY
secrétaire départemental du Morbihan

NON à l'adhésion du SUNDEP et du SNUDEC dans la FSU

Avant tous propos…
Je tiens à préciser que les positions défendues dans cet article doivent être entendues à la lueur de quelques chiffres : dans la Bretagne et particulièrement dans le département du Morbihan, plus de 50% des élèves scolarisés le sont dans l'enseignement privé ; le nombre de collèges privés est supérieur à celui des collèges publics, à de multiples endroits du département, sont implantés des établissements privés alors qu'il n'y a pas d'établissements publics (c'est le cas pour plusieurs écoles ainsi que pour 11 collèges, 3 lycées et 2 LP privés implantés dans des secteurs où il n'y a aucune structure publique).

A la lecture des propos du bulletin national n°723, on peut comprendre que lorsque certaines régions ou départements adoptent effectivement de vives réactions de refus quant à l'intégration des deux syndicats du privé (SUNDEP et SNUDEC), celles-ci résultent d'une position voire à une crispation uniquement épidermique ou passionnelle.
Voyons alors un peu plus loin pourquoi certains militants du SNEP disent NON, à cette intégration.
Mais avant de rentrer dans une quelconque explication sur le fond, je tiens d'abord à dire qu'il y a aussi un problème sur la forme.
Comment une décision aussi importante pour l'avenir de la FSU peut-elle être prise aussi vite, je dirais presque en catimini de débat démocratique. Depuis le congrès de Perpignan, qui a parlé de cet élargissement ? où ? comment ? avec qui ?
Le CDFN de la FSU des 18 et 19 mai vote que la décision sera à prendre dans les six mois (donc avant décembre 2004).
Nous sommes à moins d'un mois de l'échéance et qui a parlé de l'élargissement de la FSU ?
J'ai beau reprendre mes POUR reçus depuis mai, je ne vois aucune trace de ce sujet.
Le débat est biaisé, les méthodes de consultation lors du débat ministériel sur l'Ecole auraient-elle pénétrées notre propre fonctionnement syndical ? Suis-je naïf sur la possibilité encore aujourd'hui de dire NON à cet élargissement ?
Venons-en au fond du problème.
Je comprends les arguments, enfin, je les entends, un peu simplistes, que les salariés du privé ont le droit d'adhérer dans l'organisation syndicale de leur choix surtout si celle-ci est prête à entreprendre avec eux un bout de chemin pour faire accéder leurs revendications. J'entends bien la volonté (re-mise à l'ordre du jour de façon caricaturale, à mon goût) de défendre l'idée d'un grand service public laïque d'éducation, idée abandonnée depuis maintenant 20 ans. Je serai ravi d'ailleurs que la FSU reparte dans des luttes pour la construction de ce service public laïc unifié mais, au risque de mal suivre le film des revendications actuelles de notre fédération, j'ai du mal à croire que ces luttes soient à l'ordre du jour de notre menu revendicatif aujourd'hui !
L'unification du syndicalisme et l'élargissement de la FSU sont-ils à ce prix, celui de la contradiction ? Celle qui voudra que la FSU défende des personnels et promeuve des idées et conceptions opposées : d'un côté la défense d'un service public gratuit, laïc, égalitaire et ouvert à tous et de l'autre un service privé (concurrentiel et financé à 90% par les fonds publics) payant, défendant l'enseignement à la carte et reposant sur l'antithèse de la laïcité : le respect du caractère propre fondé sur le fait religieux.
J'entends encore ceux qui me disent qu'il ne faut pas confondre, mélanger les personnels et leurs revendications avec les structures et leurs fondements idéologiques ou organisationnels.


Mais quand même…concrètement avec la FSU, avec le SNEP dans nos départements…si nous représentons l'enseignement public et l'enseignement privé :

Comment défendre la non fermeture de classes dans le public contre l'ouverture de ces même classes dans le privé ? (ce qui arrive tous les ans sur les cartes scolaires du premier degré)
Comment se battre contre la suppression d'une option EPS dans un lycée public alors que deux autres s'ouvrent à la même rentrée dans deux lycées privés ?
Comment défendre l'idée que soit organisée la fermeture de 5 ou 6 options allemand dans un secteur alors qu'en même temps est créé sur le même secteur un véritable pôle de langue allemand dans l'enseignement privé ?
Comment contester le fait que des subventions départementales, pour l'utilisation des installations sportives, restent dans les caisses de certains établissements privés (seuls implantés sur une commune et avec accord des mairies complaisantes) et servent alors à l'EPS pour autre chose (création section sportive par exemple) alors que les établissements publics sont tenus de reverser intégralement ces sommes aux communes propriétaires des installations ?
Comment défendre l'idée d'une cohérence sur l'organisation des sections sportives sur un département, une académie quand dans certains départements plus de 60% de celles-ci se trouvent implantées dans des établissements privés pour qui l'accord est une simplicité à obtenir alors que des démarches fastidieuses sont nécessaires dans le public ?
Comment contester le fait que les établissements publics soient sous la contrainte de la carte scolaire lorsque ceux du privé choisissent d'accueillir les élèves qu'ils veulent ?

A la lecture de ces quelques exemples, qui restent notre quotidien dans les départements bretons, nous réfutons en bloc l'idée d'une quelconque complémentarité entre l'enseignement privé et l'enseignement public. Il s'agit au contraire d'une logique de concurrence entre les deux systèmes, concurrence, qui nous le savons tous, est le terreau indispensable au bon fonctionnement du système, d'après les conceptions libérales développées dans nos départements.

Quelle attitude, nous, représentants syndicaux, allons nous adopter dans les instances officielles, dans les rencontres avec les élus, le Recteur, les Inspecteurs d'Académie quand se pose l'éminent problème de la défense du service public contre celui du secteur privé, concurrentiel et qui plus est porteur de valeurs non compatibles avec les missions de service public à nos yeux ?

Les demandes appuyées de ces deux syndicats méritent que la FSU tisse, éventuellement, des partenariats, des ententes pour travailler sur des revendications communes, mais pas autre chose pour le moment.
A la lecture de leurs positions syndicales, il n'est pas, non plus clairement spécifié que leurs mandats soient ceux d'une disparition de l'enseignement privé. Il semble que la défense de les revendications du SUNDEP et du SNUDEC soit possible tout en maintenant l'existence des établissements privés, simplement re-devenus plus " softs " et plus " FSUisés " !!
Comment la nouvelle FSU gérera cette nouvelle contradiction ?

NON, vraiment ce choix n'est pas un choix porteur de syndicalisme plus fort et unifié, tout au moins dans nos départements fortement marqués par cette concurrence et cette lutte acharnée pour la défense d'un service vraiment public d'éducation.


 

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