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Un tract commun du SNESUP, de l'UNEF et du SNEP

L'enseignement supérieur et la recherche gravement fragilisés

Des mouvements importants se développent dans différentes universités et s'étendent à d'autres établissements, traduisant les profondes inquiétudes du monde universitaire dans son ensemble.
Ces mouvements mettent en cause l'application de la réforme LMD et celle dite de " modernisation universitaire ". Ces orientations inquiétantes, si elles étaient appliquées, transformeraient fondamentalement l'Université et les conditions de formations des étudiants.
La réforme des formations supérieures supprimerait le caractère national des diplômes et mettrait donc en cause les possibilités d'insertion professionnelle des étudiants avec des bases de rémunération valorisantes et reconnues, leurs possibilités de développement personnel, notamment en STAPS.
En parallèle le projet de loi " de modernisation universitaire " instaurerait des inégalités graves entre universités, générant la concurrence par la l'affichage de pôles d'excellence.

Tout ceci dans un contexte où pour la première fois depuis vingt ans, il n'y aura pas de création de postes d'enseignants et d'IATOS pour cette année 2003-2004, au mieux une dotation par redéploiement, alors que la majeure partie des filières universitaires est déficitaire. Ce recul social s'accompagne d'une augmentation des droits d'inscription, du coût des études, d'une tentative d'abaissement des aides étudiantes et d'un manque de logements et de bourses pour les étudiants.

Faute de cadre national des diplômes la réforme des formations supérieures qui aurait dû être l'occasion d'avancées significatives dans le domaine de la démocratisation de l'enseignement supérieur, tourne de fait, le dos à cette possibilité et ne prend pas en compte les besoins actuels et futurs de la société en matière de qualifications. Alors qu'il faudrait prendre à bras le corps le problème de l'échec massif en Deug, la réforme n'apporte pas de réponse à ce problème. Elle pourrait renforcer la sélection en fin de licence et en cours de Master. Elle ne faciliterait pas, contrairement aux intentions affichées, la mobilité des étudiants ni en France, ni à l'étranger (notamment par manque d'aides financières et de formations linguistiques suffisantes) et renforce les inégalités sociales face aux études universitaires. Alors qu'elle prône le décloisonnement disciplinaire, la dilution de filières (ex. : IUP) ou de diplômes pluridisciplinaires (AES, LEA, STAPS…) est programmée, mettant en péril leur existence, leur attractivité, leurs débouchés et leurs équipes de recherche.

La formation et les recherches en STAPS menacées !

La volonté affichée du ministère est de faire disparaître le 2nd et 3ème cycle des STAPS : les STAPS sont donc obligées de se rattacher, voire se fondre, dans d'autres domaines de formation.

Si les recherches liées aux " sciences d'appui " (sciences humaines et sociales, biologie, physiologie…) peuvent espérer, pour certaines, trouver leur place dans ce nouveau dispositif, elles le feront en ayant de plus en plus de difficultés à imposer des thématiques intégrant la question des APS . En revanche toutes celles liées à l'intervention (enseignement, entraînement, activités physiques adaptées, management) risquent, dans une logique déjà présente aujourd'hui, qui minore les sciences humaines et sociales, d'être exclues.

La volonté de la Direction de l'Enseignement Supérieur est claire : dans une politique de gestion purement comptable exacerbant la concurrence entre les secteurs disciplinaires, il s'agit de régler le problème récurrent du sous-encadrement en STAPS. Pour cela le ministère impose une diminution forcée du nombre d'étudiants, en restreignant le nombre de formations et de filières. Toutes les manœuvres sont bonnes, en particulier, celles consistant à supprimer les masters et les doctorats en STAPS.

Rénover les STAPS

Alors qu'est posée depuis de nombreuses années, la nécessaire transformation du cursus STAPS au regard des nouvelles exigences en matière de qualifications et de besoins sociaux dans le domaine des APS, le Ministère réduit la spécificité des STAPS à un simple Bac+3. Il hypothèque ainsi gravement l'évolution de la qualité et des niveaux des formations. Contrairement à ce que déclare le 1er vice-président de la CPU, l'insertion professionnelle des diplômés STAPS n'est pas aujourd'hui satisfaisante. Faute d'une juste reconnaissance de ses diplômés, la filière STAPS continue de subir une concurrence autant déloyale que stérile de la part du Ministère des Sports.

Ceci d'autant plus que la formation des futurs intervenants dans tous les secteurs d'activité suppose des contenus forts relatifs à la technologie des APS. Cette demande, formulée depuis plusieurs années, validée par la Direction de l'Enseignement Supérieur n'a jamais été mise en œuvre par les Ministères successifs.
Dans ce contexte, le LMD tel qu'il est mis en œuvre aggrave la situation : d'un côté, l'absence de master empêcherait l'évolution du niveau de formation en STAPS ; de l'autre, la suppression du Doctorat en STAPS risquerait de tarir la source des connaissances nécessaires à l'évolution du cursus ainsi que le vivier des futurs enseignants-chercheurs. Simultanément la réforme laisse totalement de côté l'exigence d'une pré-professionnalisation sur le champ de l'intervention dans tous les secteurs des APS.

Agir de façon unitaire

Face à cette nouvelle attaque à l'encontre des STAPS, il faut manifester notre volonté de conserver une unité et une lisibilité de nos formations et de nos diplômes. Pour cela, nous devons exiger :
1. des formations de 2nd et 3ème cycles STAPS, qui fassent toute leur place à la question de " l'intervention " dans le secteur des APS.
2. la création d'un référentiel national des diplômes pour favoriser la cohérence des formations, permettre une véritable mobilité étudiante, la reconnaissance et la valorisation de nos diplômes sur le marché du travail,
3. la possibilité d'existence d'équipes de recherche en STAPS, intégrées à des écoles doctorales ouvertes notamment à des thématiques relatives à l'intervention, à travers des approches pluridisciplinaires
4. la mise en place d'un plan d'urgence de créations de postes pour les composantes STAPS qui sont l'une des plus sous-encadrées des Universités.
5. le développement des installations sportives universitaires

Engageons dès aujourd'hui une mobilisation (AG d'information, débats, actions diverses…) pour le maintien et le développement des STAPS partout en France, assurons le succès de la journée d'action et de manifestation du 27 novembre.

Paris, le 26 novembre 2003

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