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Paris, le 09 novembre 2009

Monsieur Luc CHATEL (également adressé à Valérie Pécresse)
Ministre de l’Education nationale
110 rue de Grenelle,
75357, Paris SP 07


Objet : Relation master/concours : EPS, STAPS et IUFM

 

Monsieur le Ministre,

Le concours du CAPEPS doit recruter des enseignants d’EPS. Ce concours est sensé sélectionner les meilleurs candidats pour devenir les meilleurs enseignants. Par rapport à l’existant, et avec notre expérience particulière, nous avons toujours défendu l’idée d’un progrès possible. Dans cette optique on peut jouer sur 2 paramètres : le concours lui-même, en le rendant plus rigoureux, avec des épreuves mieux ciblées… et la formation qui doit prendre en compte les besoins du métier d’aujourd’hui et les objectifs de l’école et prioritairement savoir lutter contre l’échec scolaire dans la discipline concernée.

Aujourd’hui il est reconnu que, comparativement aux autres disciplines, de par leur formation professionnalisante, les enseignants débutants en EPS sont plus rapidement opérationnels sur le terrain. Or, la « mastérisation » - dont nous ne combattions pas le principe - pourrait bien se solder par une dégradation notable. Nous attendions, au contraire, une élévation du niveau de recrutement, un allongement et une amélioration de la formation.

En effet, notre discipline, comme beaucoup d’autres disciplines scolaires, ne correspond pas à une discipline universitaire (les STAPS ne sont pas l’EPS) et il peut y avoir inadéquation des masters qui sont des spécialisations débouchant soit sur un domaine professionnel, soit sur de la recherche. Cela a pour conséquence de nombreux problèmes que nous exposons ici pour notre discipline. Ces problèmes peuvent être résolus sous certaines conditions.

La formation en EPS
Sa réussite (relative) repose sur quatre piliers : une formation pluri-disciplinaire (au sens scientifique du terme), une pré-professionnalisation qui démarre tôt dans les cursus (dès la L2 dans la plupart des cas), un concours très « professionnalisant » et des allers-retours théorie-pratique (aussi bien dans le cadre des pratiques physiques et sportives que dans le cadre de la professionnalisation). Nos formations ont réussi tant bien que mal à préserver ces 4 registres qui sont déterminants. En retirer un déséquilibrerait l’édifice et rendrait caduque la cohérence historiquement construite.
Actuellement, cette formation est dispensée par les UFR STAPS et les IUFM avec divers degrés de mutualisation.

La réforme, dont un des objectifs, quoi qu’en dise le gouvernement, était la suppression des IUFM, ancrée dans une autonomie qui cache mal ses faiblesses, aboutit forcément, au bout du compte, à une diminution des moyens. Pour notre discipline, la formation aux activités physiques et sportives, coûteuse par sa diversité et de nécessaires petits effectifs, aujourd’hui quasiment absente des masters « STAPS », risque de faire les frais de la mastérisation. Or cette formation devrait être au cœur du cursus. Peut-on imaginer des enseignants d’EPS incapables de performances physiques ? Cela est inconcevable… en mathématiques. L’Etat, recruteur et formateur, peut-il accepter cela pour les professeurs d’EPS ? Mais ce n’est pas le seul risque.

Les STAPS ont délaissé la filière « éducation et motricité »
Nées de la volonté de la profession des enseignants d’EPS, dans les années 70, de « s’universitariser », les STAPS ont d’abord été le lieu d’une formation professionnelle universitaire avant de devenir celui de formations universitaires professionnalisantes. Dans le même temps, elles se sont diversifiées : il existe aujourd’hui plusieurs filières, « éducation et motricité », « activité physique adaptée », « management du sport », « entrainement sportif », « ergonomie et performance ». La grande majorité des jeunes qui rentraient en STAPS le faisait pour devenir enseignant. Aujourd’hui, l’orientation vers les autres filières se fait en cours de licence (L3). La chute des postes au CAPEPS depuis 5 ans, accompagnée d’une campagne de dénigrement injustifiée des STAPS, a entraîné une orientation de plus en plus précoce dans les diverses filières et des guerres de territoires avec un décalage entre d’une part la masse des étudiants (éducation et motricité) et d’autre part l’attribution des moyens, en particulier au niveau des postes d’universitaires qui sont recrutés majoritairement dans les « sciences dures ».

Parallèlement le milieu universitaire n’a pas voulu développer des recherches ancrées sur l’EPS (mais c’est vrai pour toutes les disciplines scolaires), donc pas de labo, peu de moyens et quasiment aucune qualification dans ce secteur, la majorité des enseignants-chercheurs (didactique…) ayant trouvé poste… dans les IUFM ou en sciences de l’éducation mais peu souvent en STAPS.

La mastérisation déclenche un revirement de situation : après avoir cherché à minimiser la filière « éducation et motricité », nombre d’enseignants des universités pourraient être tentés de « récupérer » la formation des enseignants d’EPS dans leur sein.
Or un master doit être adossé à un labo de recherche… qui sont dans leur quasi-totalité, en STAPS, sur des recherches qui n’ont rien à voir avec l’EPS, ni même parfois le sport.
De plus un master se caractérise, même dans ses versions les plus optimistes, par un volume horaire bien moins important que ce qui existait en PLC1-PLC2.

Des masters « éducation et motricité » à labelliser
Cependant, beaucoup d’UFR STAPS sont encore organisées autour d’une filière éducation et motricité et certains masters abritent sous diverses appellations une préparation aux concours (CAPEPS et Agrégations) et pourraient se réorganiser pour assumer cette nouvelle fonction. Ce qui revient selon nous, sous une forme ou sous une autre, à créer des masters « Education par les APSA », au niveau de la mention, qui peut couvrir un champ d’intervention plus large que le milieu scolaire et permettre donc la recherche d’autres emplois, notamment dans les collectivités, en cas d’échec aux concours de l’EN et dans lesquels il pourra y avoir des spécialités « EPS ».

Concours et place du concours
Pour l’instant, notre syndicat est globalement en accord avec le projet de CAPEPS qui a été produit l’an dernier, avec 5 épreuves, dont l’épreuve dite « système éducatif » ancrée sur la discipline et non sur des considérations générales ou idéologiques.

Le nombre d’épreuves est important pour garantir un équilibre dans les différents registres de formation cités en introduction. Réduire le nombre d’épreuves revient à concentrer celles restantes sur ce qu’il faut prendre en compte pour enseigner, ce qui complexifie les épreuves et multiplie les risques de dérapages dans la notation. Par ailleurs, c’est la restriction principale que nous posons sur le précédent projet, c’est l’attribution des coefficients qui privilégie, au bout du compte, trop à notre sens, la part des écrits. Nous proposons une autre répartition des coefficients. Et pour garantir à la fois le niveau disciplinaire et professionnel, nous devons faire en sorte que toutes nos épreuves soient et disciplinaires et professionnalisantes.

Selon nous et pour notre discipline, il est important que le concours se passe le plus tard possible dans l’année de M2 et de ne pas laisser trop de temps entre admissibilité et admission (sur le fond, nous serions d’ailleurs sur un seul bloc d’épreuves, sans admissibilité), pour permettre d’organiser des études en amont « les plus intégrées possible », c'est-à-dire liant intimement formation disciplinaire et formation professionnelle. Sinon, l’admissibilité portant sur des écrits uniquement, la partition des études se fera à partir de ça. Or les écrits du CAPEPS ne correspondent pas aux contenus d’enseignement de l’EPS. Si l’admissibilité intervenait tôt (fin de M1 ou premier trimestre de M2), alors il serait très difficile de faire admettre que le M1 puisse contenir d’autres enseignements que ceux permettant de réussir d’abord l’admissibilité.

Le seul problème qui se pose, si l’on suit nos préconisations, est la surcharge du second semestre de M2 avec à la fois le concours et le mémoire. C’est la raison pour laquelle nous avions étudié et proposé une piste qui n’a pas été travaillée par le ministère sans raison apparente : la possibilité de valider le master dans l’année de stagiaire (par exemple au cours du premier trimestre), faute de quoi le candidat ne serait pas titularisé. Autre possibilité : que le travail de mémoire commence dès le M1 et porte sur un objet qui puisse servir dans le concours.

Les arguments consistant à vouloir bien séparer la formation universitaire et la préparation au concours ne résisteront pas à l’épreuve des faits ; séparer totalement les évaluations entre master et concours est également impossible, compte tenu du fait que l’on peut se présenter aux concours avec n’importe quel master : il faut bien a minima vérifier les compétences disciplinaires des candidats.

Nous considérons qu’un concours en M2 impose, pour que les étudiants de tous horizons puissent s’engager dans des études longues et exigeantes, de développer des aides pour tous mais aussi un système de pré-recrutements comme s’y était engagé Nicolas Sarkozy pendant sa campagne.
Nous rappelons également nos exigences :

  • Pour une véritable formation pendant l’année de stage post-concours avec au moins 60% réservés à celle-ci dans le service des stagiaires,
  • Pour que soit conforté le rôle des IUFM dans les formations initiale et continue,
  • Pour un plan pluriannuel de recrutements, leur augmentation et la résorption de la précarité.

Le SNEP représente plus de 80% de la profession ; nous espérons être écoutés et entendus dans nos questionnements et propositions.
Dans l’attente nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de notre considération distinguée.

Serge CHABROL
Secrétaire Général

Christian COUTURIER
Responsable National