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Paris, le 22 octobre 2009

Madame Valérie PECRESSE
Ministre de l’Enseignement Supérieur
et de la Recherche
1, rue Descartes
75231, Paris Cedex 05

 

Objet : Quel financement pour le développement du sport à l’université ?

Madame la Ministre,
Suite au projet de loi de finance 2010, qui est discuté dans les assemblées parlementaires, le SNEP-FSU constate une absence totale de financement identifiable sur le programme 231 «Vie étudiante» concernant le développement du sport à l’université. La lecture des bleus budgétaires, que ce soit sur la présentation stratégique ou la justification au premier euro, n’indique rien si ce n’est un chapitre sans budget sur le fonctionnement des services universitaires et inter-universitaires d’activités physiques et sportives (S(I)UAPS). Un financement global pour les campus, la santé, les activités sportives, socioculturelles, est annoncé mais sans préciser la répartition. Or, sur certains secteurs tels que la culture, l’accès handicap,… voire la FFSU, des budgets sont chiffrés et donc fléchés. Il ne s’agit pas pour nous de contester ces ciblages mais de vous interroger sur l’absence de financement identifié pour les S(I)UAPS, contrairement au PLF de 2009 où le montant identifié était de 4,3 millions d’euros (somme identique depuis 18 ans !). Ajoutons également notre inquiétude sur le transfert des équivalents temps plein du programme 231 dont les ETP en SUAPS vers le programme 150 et leur globalisation.
Est-ce là la traduction concrète de vos discours depuis votre prise de fonction sur la nécessité de développer le sport à l’université comme moyen d’équilibre et de formation pour l’étudiant ?

Nous avons acté positivement vos propos concernant la volonté de développer le sport à l’université et dernièrement, par exemple, devant le CNESER du 15/07/09, sur la généralisation du sport optionnel dans le cursus licence et sur la volonté de suivre le rapport et les sept propositions de la mission interministérielle Auneau–Diagana.
Mais ne jamais traduire vos propos et propositions par des moyens spécifiques revient au final à décrédibiliser toujours davantage le sport dans la communauté universitaire.
Ce sport à l’université que tous les rapports, depuis 1991, décrivent comme souffrant d’un manque de reconnaissance institutionnelle et d’un déficit de moyens, principaux obstacles à son développement.
Aussi, déjà en position fragile, le sport universitaire va « souffrir » encore plus de l’autonomie et de la globalisation des budgets.
Le développement du sport, dans le cadre du bouleversement stratégique de l’enseignement supérieur, dont nous contestons l’orientation par ailleurs, ne fait pas partie des axes estimés incontournables.
Le financement des SUAPS est toujours précaire et il a été encore fragilisé et non compensé, à certains endroits depuis deux ans, par la fin du droit sport. La pérennité du financement reste soumise aux aléas et priorités de chaque université.
Le développement du sport à l’université ne peut attendre l’élaboration d’une charte qui n’aura aucune valeur législative ou réglementaire.

Dans le même temps, en parallèle de votre discours sur l’autonomie des universités, vous annoncez des politiques ciblées assorties de plans et de moyens fléchés (plan campus, « cordée de la réussite »,….).

Le SNEP vous demande donc un plan sport exceptionnel qui se traduise dans le PLF 2010 à la fois en termes de crédits, de postes d’enseignants et d’investissement dans des équipements sportifs.

En termes de crédits, la ligne des S(I)UAPS doit réapparaître et être augmentée de manière très sensible.

En termes de postes, nous avons demandé au Ministre de l’Education nationale de porter à 1500 le volume des recrutements aux concours du CAPEPS et de l’agrégation EPS. En effet, ce sont deux postes sur trois départs à la retraite qui sont supprimés dans cette discipline depuis 4 ans, bien au-delà donc des 50% annoncés, que nous contestons par ailleurs. Est ce un comble du paradoxe ou du double langage quand le Président de la République annonce qu’il faut « plus de sport  à l’école,… pour les jeunes » ? Dans l’enseignement supérieur nous constatons des transformations de postes d’EPS en poste d’enseignant chercheur, dans les STAPS et en IUFM, voire parfois dans les SUAPS ou Grandes Ecoles. Ils sont très préjudiciables au développement du sport à l’université et au potentiel de formation pour les voies diplômantes. Le transfert des ETP du programme 231 vers le programme 150 nous fait craindre une accélération de ces transformations. Là encore l’enseignement de l’EPS, du sport, écope de la double peine liée à la fois à l’insuffisance d’enseignants chercheurs et au dogme du non remplacement des départs à la retraite.

En termes d’équipements et d’installations sportives, un « plan Marshall », comme le préconise le rapport Auneau-Diagana, est plus que jamais d’actualité et devrait trouver son expression dans le cadre du grand emprunt.

Vous comprendrez que dans un contexte où l’Etat dégage des financements conséquents pour soutenir nombre de secteurs de notre économie, il nous semble anormal qu’il n’en soit pas de même pour le développement des services publics, dont celui du sport à l’université. Il s’agit pourtant de répondre ici à un intérêt général bien identifié.

Enfin, nous ne pouvons admettre le décalage criant entre les discours politiques sur les « mérites » des pratiques physiques et sportives (notamment en matière la lutte contre la sédentarité(1), l’obésité) et l’absence totale de moyens pour y faire face dans l’enseignement supérieur. La pratique et la formation « sportive » se trouvent confinées dans un rôle de culture de seconde zone et de « supplément d’âme » pour notre société. Pour le SNEP, c’est inadmissible.

Nous avons pour notre part fait de nombreuses propositions, y compris étalées dans le temps, pour que le sport à l’université soit au service de la réussite, et d’une formation complète et équilibrée pour chaque étudiant.

C’est pourquoi nous souhaiterions vous rencontrer* pour approfondir avec vous cette volonté du développement du sport à l’université.

Nous vous prions de croire, Madame la Ministre, à l’expression de notre considération distinguée.

Le rapport Toussaint reprend les propositions du rapport Auneau-Diagana pour l’enseignement supérieur.

Serge CHABROL
Secrétaire Général

Pascal ANGER
Secrétaire National

 

*nb : nous pourrions également aborder, en lien avec le développement du sport à l’université, les questions de la formation universitaire, des métiers du sports (STAPS) et de la formation des futurs enseignants qui, pour nous, font système sur ce fait social qu’est le sport et la discipline d’enseignement EPS.

Copie à tous les Présidents de groupe à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
Copie à M. le député Hénart et M. le sénateur Adnot.