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Edito de Jean-Paul Tournaire
Responsable Secteur Juridique
Septembre 2015

La nouvelle attestation « Savoir nager » : ambiguïté ?

« Ambiguïté » sur le plan juridique. Quid de la responsabilité juridique, mais aussi morale du service public,  de l’enseignant, ayant attesté, que suite à la réussite au test (attestation officielle), le jeune « sait nager », pouvant ainsi induire certaines familles à mal apprécier les besoins de sécurité de leurs enfants dans des activités extra-scolaires, pendant les vacances?

« Ambiguïté » sur le plan éducatif. Au moment où le nouveau socle commun semble mieux prendre en compte l’approche « culturelle » de l’EPS, le passage d’un test à visée strictement « utilitariste » (s’agit-il de « savoir nager »…ou de « savoir se sauver » ?) risque fort de remplacer l’application des nouveaux programmes dans le seul cycle de natation qui existe souvent pour les seules classes de sixième, et encore, pas dans tous les collèges ! Rares sont les établissements qui pourront inclure ce test dans un continuum de l’enseignement de la natation pendant la scolarité au collège.

« Ambiguïté » car du fait de la possibilité de passer ce test à l’école primaire, des pressions vont s’exercer sur les élus locaux pour encore plus réserver les piscines aux écoles primaires, pressions exercées par les parents mais aussi les MNS qui ont joué un rôle non négligeable dans l’existence de ce test (voir les déclarations de leurs organisations suite aux noyades de chaque été). Les créneaux horaires pour le second degré risquent encore de se réduire !

« Ambiguïté » sur l’intérêt de l’existence de ce test qui permettrait de revendiquer la construction des piscines dont le nombre est largement insuffisant pour l’enseignement de la natation. Cette revendication, récurrente de notre part depuis bien longtemps demande surtout l’établissement de rapports de force locaux qui font trop souvent défaut actuellement. Il ne faut pas s’attendre à des aides financières de l’Etat (elles ont totalement disparu), et les communes sont confrontées à des baisses drastiques (d’un niveau jamais vu) de leurs capacités d’investissements.

Une proposition (simpliste ?) : remplacer ce test qui a un rapport bien lointain avec la natation, par la mesure de la compétence en fin de scolarité obligatoire, à nager sur une assez longue distance (50m, je n’ose pas dire plus et pourtant... !) en nage ventrale alternée (qui pose les questions essentielles de motricité, de respiration, etc..). Toutes exigences nécessaires pour éviter les comportements de panique dans l’eau…