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THEME 4
QUESTIONNER LES LUTTES, LES PRATIQUES SYNDICALES POUR NOURRIR UN SYNDICALISME DE MASSE ET DE TRANSFORMATION

Une capacité de re-mobilisation à réfléchir
Après le mouvement de ce printemps, les difficultés de redémarrage de l’action collective dès la rentrée et les doutes généralisés à propos du débat sur l’école, nous interrogent.
Chacun semble rester, pour l’instant, sur ses propres conclusions.
A quelles conditions ce mouvement dont nous avons été, en très grande partie, les animateurs et qui a vu des dizaines de milliers d’enseignants et de personnels se mobiliser avec de fortes inégalités toutefois, peut-il générer consolidation, maturation, développement de notre syndicalisme?
Dans l’euphorie du mouvement, chacun est rentré avec ses représentations, ses affects, sa culture. En réaction à l’inacceptable remise en cause d’un certain nombre de fondements de notre société, (réduction de l’Etat, remise en cause du contrat social sur les retraites, des solidarités, de l’égalité…) une contestation salutaire s'est enclenchée, enflammant les esprits, réinventant les utopies, mais se masquant aussi ses propres insuffisances. Et dans les lendemains des luttes, les désenchantements ou le repli sur soi font flores.
Avons-nous suffisamment construit de balises avec les collègues avant (par ex depuis l’automne 95), pendant, après le mouvement, sur l’état des forces, l’état du mouvement syndical et de l’alternative politique… ? Comment s’élaborent ces réflexions et combien de syndiqués y participent ?
Dans les AG d’établissements et de villes qui ont travaillé au développement de l’action, le débat sur la radicalité a-t-il été mené jusqu’au bout? Y intervenions-nous et comment ? Ces espaces " d’autogestion de la lutte " étaient parfois troublés par le jeu de groupes politiques organisés qui en faisaient des tribunes souvent anti-FSU, ce qui complexifie la compréhension du mouvement. Comment et quand ces questions sont abordées avec les collègues? Nos militants sont-ils armés à ces joutes ?

Remarques
*La défense des valeurs constitutives de la république est révélatrice de la prise en compte de l’intérêt général et en fait, du même coup, un puissant moteur de l’action. Mais elle interpelle sur le sens du mouvement, la bataille se situant plutôt sur le plan plus global du choix de société et donc aussi sur le plan politique.
*L’état d’esprit " individualiste " cède la place, un temps, à l’action solidaire ce qui montre que rien n’est irréversible du moment où les luttes font " sens " à chacun de ceux qui les mènent. Alors la solidarité réapparaît.
*Cette lutte apparemment est loin de nous renforcer. La perception de son résultat dans une conception " binaire (gagné-perdu) " incite à désigner des coupables et peut construire la résignation. Le syndicat est parfois perçu comme une entité extérieure aux collègues partiellement responsable de l’échec.
Y a-t-il une autre posture ? Comment la faire partager ? Ne sommes nous pas " victime " d’une grande faiblesse de la vie syndicale ?

Un syndicalisme à activer
En dehors des périodes d’ébullitions réactives, les militants du SNEP sont fort occupés par le paritarisme. Alors que l’efficacité de nos propositions dans ces instances repose en grande partie sur l’intervention des collègues, ne nous sommes-nous pas parfois inscrits dans une logique de négociation sans rapport de force qui dessert notre orientation et renforce la logique délégataire ? En effet, le risque est grand que les collègues ne voient dans cet espace de dialogue qu’un lieu de contrôle pour un syndicalisme de " gestion " qui joue un rôle de service. Cela ne renforce-t-il pas une image du syndicat utile seulement aux moments clefs de sa carrière (même si le paritarisme ne se réduit pas qu’aux CAP) ?
Cela ne contribue-t-il pas à donner au syndicat une image lointaine et dénaturée, qui peut aboutir à une défiance lorsqu’il prend des positions (ce qui est indispensable) qui chatouillent certains collègues ? Car c’est bien dans ces cas là que les collègues " se réveillent " et soudain expriment leurs critiques !

Car à la longue... !
Bien que le SNEP ne soit pas " le plus mal loti " il est également touché par la désyndicalisation. En 25 ans nous sommes passés d’un taux de syndicalisation avoisinant les 60% à 30% quand pour l'ensemble du syndicalisme il passait de 30% à 8%. Cela en même temps que le nombre d’enseignants croissait et que le champ de syndicalisation du SNEP s’élargissait. Ainsi le nombre de syndiqués a augmenté durant cette période alors que le taux de syndicalisation baissait.

Pour une lutte efficace, développer un syndicalisme de masse !
Nous nous inscrivons dans un syndicalisme de lutte et de transformation pour l'EPS, l'Ecole, les Services Publics…et nos exigences spécifiques se nourrissent et se renforcent au regard d'exigences sociales plus universelles. Si les revendications s'adossent à l'intérêt général, leurs satisfactions deviennent porteuses de transformations sociales. Seul un rapport de force conséquent peut les faire aboutir. Celui-ci repose, entre autre, sur la mise en action des collègues, mais également sur la capacité à créer des alliances, les plus larges possibles, et à mobiliser l'opinion. Or nous constatons souvent toute la difficulté de sa mise en œuvre. Pourtant l’action permanente du plus grand nombre, locale ou générale, est le gage de l’efficacité syndicale. Et les résultats positifs sont des éléments de renforcement de la dynamique syndicale.
Cette mobilisation est donc extrêmement exigeante, d’autant plus que la complexité des situations, des réformes, la diversité des mises en œuvre, le fort renouvellement de la profession participe à la perte des repères communs. De plus la décentralisation, la déconcentration, le développement de l’autonomie, de la gestion managériale renforcent l’éclatement des situations et l’individualisme.

Quelques pistes à creuser
Reconstruire une culture commune
Dans l’action, mais aussi en permanence dans la rencontre avec les collègues, il faut proposer une vision plus dialectique du mouvement social, ainsi qu'une meilleure compréhension du rôle de l'action syndicale. Elles doivent mettre à l’aise les collègues dans l’incertitude, dans le déséquilibre normal de l’évolution sans fin d’une société qui n’est que le produit complexe de rapports de forces qui changent en permanence.
Elle n’enlève en rien aux idéaux mais permet de donner du sens à l’action locale ou globale, à sa pérennité. Construire cette posture est un enjeu majeur. Il faut réfléchir à sa massification. Nous sommes un peu dans la problématique de la démocratisation de l'accès aux meilleurs " savoirs syndicaux" possibles ! Quel temps y consacrons-nous ?

Mettre les collègues au cœur de l’activité revendicative
Etre au cœur du métier, c'est mettre les préoccupations des collègues au centre de la vie syndicale. C'est leur proposer d'agir ensemble.
Cela doit se traduire par un syndicalisme qui mette à disposition des collègues des outils d’analyses, d’interventions, d’animation de l’action. Là aussi chacun doit réfléchir aux formes et contenus de ces " rencontres " car l’activité revendicative ne pourra être menée sans l’intervention des collègues eux-mêmes. Les collègues sont des concepteurs de l’activité syndicale.
La proximité du syndicat est une question essentielle, car être au plus près des collègues c’est considérer les collègues comme les militants du SNEP et il est logique de structurer l’outil syndical au niveau de l’établissement et au niveau des secteurs spécifiques.
Combien d’équipes d’établissements sont sans syndiqués ? Nous pouvons largement progresser.
La question de la démocratie en serait renforcée, car le syndicat serait de moins en moins " extérieur " aux collègues.
Cela aussi demande une organisation particulière.
Cela suppose que nos militants soient armés à cette intervention, ne faut-il pas accentuer leur formation ?

Passer du dire au faire
Ces pistes de travail impliquent de consacrer plus de temps à la formation " de base ", à la formations des militants, au développement d’une activité syndicale de proximité. Cela implique aussi de passer à une opérationnalisation plus concrètes des revendications, ainsi qu'à la systématisation de l'information des résultats des actions et des processus qui les ont déclenchés. Ces éléments doivent permettre d'étoffer notre outil syndical, de renforcer son efficacité " à chaud comme à froid ". Cependant cela exige du SNEP qu'il y consacre plus de temps et de moyens. Sans cela nous en resterons à un
syndicalisme qui se distanciera des collègues et les écarts se creuseront.
D’autres organisations (comme la FEN par ex), ont vécu cette distanciation et ont décliné.
Engageons-nous résolument vers un autre avenir. Toutes les structures du syndicat sont interpellées.

Evolution de la FSU, en débattre !
Le développement d’une logique qui détruit les conquêtes sociales appelle à renforcer les luttes.
Dépasser la division du syndicalisme français et penser des formes nouvelles d’unité d’action et de travail intersyndical permanent entre les différentes structures syndicales pour gagner en efficacité sont des questions d’actualité. Cela permettrait de dépasser, pour ce qui est de la FSU, son champ statutaire (éducation, enseignement, recherche, culture, insertion) et mêlerait des analyses purement " fonction publique " à des logiques différentes venues du privé ou de la fonction publique territoriale par ex. Mais la constitution des syndicats en France, leur vivacité, ne repose-t-elle pas plus sur une logique de métier ou d’établissement ? Le confédéralisme est-il une condition des mobilisations ?
Certes, le statut de fédération autonome de la FSU, et la contestation de sa représentativité sur un certain nombre de dossiers ne lui facilitent pas la tâche pour peser au niveau interprofessionnel et dans les grandes négociations gouvernementales.
De même, la demande d’intégration dans la FSU de syndicats venus de la CFDT notamment, mais hors du champ de l'éducation, de la culture et de la jeunesse, nous questionne.
Mais l’évolution vers une nouvelle structure syndicale, union ou confédération ne ferait-elle pas qu’alimenter l’éclatement du paysage syndical et la concurrence ?
Ne peut-on imaginer une évolution vers des structures syndicales nouvelles qui fassent la place à la diversité des cultures et permettent ainsi l’existence d’un pôle syndical rassembleur ? Des structures de concertation et de mutualisation, proposées à tous, sans exclusive, ne pourraient-elles pas être une étape de ce processus ?
Cela ne devra surtout pas se décréter dans quelques espaces éloignés des syndiqués. Dans l’immédiat, le dénominateur commun demeure bien, sur le terrain, de continuer à développer des actions unitaires, afin de consolider les liens tissés ici et là dans les luttes du printemps, ou des actions locales.

Rapport au politique ? Pourquoi pas, mais lequel ?
Nous sommes attachés à l'indépendance par rapport aux partis politiques, fondatrice de notre syndicalisme, mais le rapport à la politique reste un problème complexe.
Le syndicalisme de transformation, qui est le nôtre, implique que nous fassions des propositions si nous ne voulons pas être enfermés dans la simple posture de contestation.Très logiquement, parce que les revendications se construisent autour d’un rapport dialectique entre le métier, la discipline, les personnels, nous marions l’intérêt général avec l’intérêt particulier. Cela renforce le poids de nos propositions et évite d'être cantonnés dans le rôle du syndicat corporatiste " pur et dur ". La crédibilité de nos propositions, leur faisabilité sont très vite posées par nos propres collègues car elles participent
à leur mise en action. Dans le mouvement nous parlions d’autres financements pour les retraites. N’entendait-on pas le slogan " pour une autre répartition des richesses " ?
Du coup, en contestant les propositions gouvernementales (gouvernement élu), en avançant des propositions alternatives, nous sommes de plein pied dans
le débat de choix de société, dans la sphère politique. Ce n’est pas la moindre des contradictions quand on sait qu’un des obstacles à la syndicalisation est : " le syndicat fait de la politique ".
N’assiste-t-on pas à un renversement de représentation qui peut conduire à ne plus séparer social et politique? Il n’en reste pas moins que l’actualité nous impose de revisiter tous les rapports que l’histoire avait construit, que l’évolution de la conflictualité sociale avait largement bousculé mais qui appelle aujourd’hui de nouvelles audaces.
En tant qu'acteur social, représentant d'une partie des intérêts des salariés, le syndicalisme, à partir de son champ propre, contribue à faire émerger la nécessité d'une alternative qui peut entrer en convergence ou en rivalité avec celles des partis politiques mais aussi d’autres mouvements. On se rend compte ainsi que le développement d'un réseau d'associations construites autour des méfaits de la mondialisation libérale, travaille également à la contestation du système politique dominant et de façon plus ou moins convergente avec le monde syndical ou politique.
L’ensemble de ces rapports est à affiner devant l’urgence des revendications des uns et des autres.