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Angers le 25 septembre 1999

Contribution de Jack Proult, 
professeur d’EPS à L’IUFM de Nantes, 
site d’Angers.

L’ECOLE PRIMAIRE

Pour des maîtres à dominantes.

Ce qui importe ce n’est pas que l’enseignant de l’école primaire maîtrise toutes les disciplines, nul n’étant tenu à l’impossible, mais que l’enseignement de toutes les disciplines soient maîtrisées. Un constat de plus en plus partagé.En partant de ce qui est fait réellement sur le terrain, nous devrions réfléchir à une réforme de l’école élémentaire, laquelle, pour des raisons diverses (idéologiques, politiques et économiques), est rarement remise en question. Il est symptomatique, à cet égard, que la charte du XXIe siècle n’ait pas été l’objet de consultations et qu’elle n’ait pas provoqué de réelles contestations des enseignants. Il est vrai qu’en leur direction, elle fut dans sa présentation, relativement racoleuse. La charte permettrait, en casant des emplois-jeunes, d’alléger la charge des instituteurs et des professeurs d’école, tout en réaffirmant le principe de la polyvalence du maître devenu ingénieur en formation.Cependant, en reprenant les constats faits par les ministres et en se fondant par exemple sur le rapport de l’inspectrice générale Moisan traitant de la polyvalence, nous devrions, en situant la place et l’importance de l’école élémentaire dans le cursus scolaire de la P.S. de la maternelle à la terminale, proposer des solutions pour que la " communale" soit l’école des réussites présentes et futures. L’enquête faite par l’inspection générale, confirmée par celle commandée par le SNUipp met en évidence que la polyvalence se réduit souvent à un enseignement régulier des maths et du français. Cette focalisation des enseignants sur ces deux disciplines s’expliquent par des causes qui se conjuguent et s’ajoutent la pression des parents, le poids de l’institution (les performances des élèves ne sont mesurées nationalement que dans ces matières), l’insuffisance de temps pour préparer toutes les séquences, un manque de formation dans les autres disciplines.Mon propos n’est pas de minimiser l’importance du français et des maths, mais de montrer les raisons qui marginalisent les autres enseignements à l’école élémentaire. En fait, le rapport au savoir dans sa diversité est négligé. Ainsi des réussites possibles dans différents domaines spécifiques ne sont pas exploitées pour la réussite générale de l’élève y compris en français et en maths. L’inspection générale souligne que la polyvalence d’excellence (liens de notions entre des apprentissages différents) n’existe pratiquement pas. Nous pourrions presque dire que la polyvalence du maître, quel que soit le niveau auquel nous la situions, nuit à la polyvalence de la globalité de l’enseignement. En s’appuyant sur la réalité nous pourrions affirmer qu’une équipe pédagogique dont la cohérence est assurée par des concertations, est plus polyvalente que le maître unique. En partant, d’une part, de constats négatifs et, d’autre part, d’expériences positives (décloisonnements, échanges de services), nous pouvons convaincre que le maître à dominante n’est pas systématiquement opposable à la polyvalence de l’enseignement dispensé et à sa cohérence, bien au contraire.Aussi, même en nous plaçant dans une perspective d’une polyvalence censée faciliter la transdisciplinarité et les transferts supposés qui devraient en découler (ce qui est discuté), nous pouvons, au nom d’une meilleure efficacité de l’école élémentaire, proposer une autre formation et une autre gestion des postes. Une polyvalence des maîtres allégée.Dans une visée progressiste de l’évolution du système éducatif, nous pouvons réfléchir sur l’économie d’une formation des professeurs d’école pouvant favoriser l’unité de l’enseignement élémentaire au travers de ses spécificités.La formation doit résulter de l’organisation et des contenus que nous souhaitons. Personnellement, je penche actuellement pour une équipe pédagogique composée d’un maître de référence dispensant les maths et le français, plus deux ou trois autres matières, et d’un second maître enseignant les disciplines restantes. Hors l’enseignement des maths et du français, la répartition des autres enseignements se feraient selon des dominantes. J’ai renoncé à séparer l’enseignement des maths et du français. Les formations scolaires et universitaires et, principalement, les goûts des professeurs d’école, seraient pris en compte dans les options (dominantes). De cette façon, tous les professeurs d’école pourraient assurer la fonction de maître de référence. La gestion des postes en serait facilitée. Ce type de profil implique une même formation initiale, modulée selon les cursus universitaires, en maths et en français et une différenciation pour les autres matières.En conséquence, je pense qu’il faudrait maintenir en première année, quelle que soit la place du concours, une formation polyvalente allégée avec une prépondérance des maths et du français. Et, pour éviter une carte scolaire ingérable par une multiplicité des profils, il faudrait, dés le début de la formation, regrouper les options en deux blocs. Les élèves choisiraient deux ou trois matières à l’intérieur de chacun de ces deux ensembles, alors qu’aujourd’hui, dans un souci de polyvalence, ils doivent retenir, pour le concours, une discipline dans chaque groupe d’option.Dans ce cas, il ne serait pas aberrant que l’EPS soit divisée selon ses domaines d’activités et répartie dans les deux blocs. Je trouve, par exemple, que les activités physiques artistiques auraient bien leurs places auprès de la musique et du théâtre. De même, nous pourrions scinder l’histoire et la géographie. Il faut regrouper les matières ou des parties de matière, en tenant compte de leurs horaires, des modes de pensées qu’elles privilégient et des liaisons possibles entre elles.

Un plan de formation assurant polyvalence et dominantes.Pour le concours de recrutement, une option retenue par le candidat pouffait bénéficier d’un coefficient plus fort (cela a existé il y a une douzaine d’année: épreuve joker). Par ailleurs, l’admissibilité pourrait ne pas se limiter aux maths et au français. Prépondérance ne signifie pas impérialisme.En deuxième année, dans la continuité de la première, sans négliger la formation en maths et en français, je préconiserais un approfondissement des options choisies, alors qu’actuellement cette année est en partie consacrée à des compléments de polyvalence. Les disciplines non retenues par les stagiaires, sauf l’initiation aux nouvelles technologies, ne feraient l’objet que d’informations sur les compétences qu’elles développent.En troisième année, les professeurs d’école, toujours stagiaires, seraient nommés, en alternance avec des compléments de formation à l’IUFM, sur des postes que l’institution pourrait profiler. Leurs remplacements ne devraient pas poser de problèmes puisque les maîtres sont polyvalents. Surtout si les remplaçants bénéficiaient d’une formation continue conséquente.La formation à dominantes doit correspondre à une polyvalence allégée et viser à un travail plus collectif dans les écoles en facilitant, tout à la fois, des organisations plus souples et des contenus plus rigoureux. Une plus grande efficacité dans les écoles.Ce modèle de formation permettrait une gestion des postes quel que soit le type d’école. Par exemple, cas extrême, pour une école unique (de plus en plus rare), il suffirait de nommer deux maîtres ayant des options différentes (chacun pouvant être maître de référence), l’un des deux complétant son service dans une école voisine. Une formation de professeurs d’école construite sur deux blocs de dominantes n’entraîne pas une diminution des services, mais modifie leurs contenus. Aussi, dans une école, les maîtres en surnombre pourraient être affectés aux décharges de directeurs, aux enseignements de soutien et, le cas échéant, à l’animation de clubs et d’ateliers sportifs et culturels se déroulant sur le temps périscolaire. Au niveau de plusieurs écoles, la satisfaction de la revendication " plus de maîtres que de classes " permettrait de dégager des temps de concertations et une formation continue plus régulière. En même temps, elle faciliterait l’organisation de sorties et de classes transplantées. Pour les maîtres de la maternelle, les dominantes pourraient s’appuyer sur le bloc des options comprenant les arts plastiques, la musique et les activités physiques artistiques.J’ai insisté sur la gestion des maîtres à dominantes parce que nos réponses à ce problème sont souvent balbutiantes ou trop générales.En résumé, si nous voulons avancer sur l’enseignement à l’école élémentaire, nous devons partir de ses insuffisances constatées eu égard à l’ambition que nous voulons assigner à l’école de la république et proposer des solutions crédibles aux yeux des usagers et du personnel. Il faut provoquer la discussion sur des bases tout à la fois concrètes et théoriques.

Jack Proult.

 

Exemple d’une architecture possible d’une formation de maîtres à dominantes ou " semi-polyvalents "

.Première année.

 

Formation en maths et français.

 

Sciences humaines, connaissances du S. E.

 

Nouvelles technologies

 

Pratiques accompagnées

Deux blocs d’options: seules certaines options seront pratiquées en première année.

 

Options

- Géographie.SVT- Sciences, Techno.- EPS : activités athlétiques, d’opposition, d’opposition et coopération,

APPN, natation.

 

  Options

.L.V.- Histoire, I. C.- Musique- Arts plastiques.- EPS : activités,artistiques

(expression corporelle, danse, GRS )

 

Remarque:Ce plan de formation peut surprendre.J’ai d’abord voulu tenir compte de ce qui tend à se pratiquer dans les échanges de services et dans les décloisonnements. Puis j’ai voulu grouper les disciplines selon les modes de pensée et les démarches d’apprentissage qu’elles favorisent (les projets interdisciplinaires en seraient, je pense, facilités) et des compétences qu’elles sollicitaient dans les savoir faire (musique et L. V.). J’ai enfin voulu que l’équilibre horaire des blocs d’options en formation corresponde au volume horaire des disciplines à l’école élémentaire pour faciliter la gestion de la formation et la gestion des postes.

Deuxième année.

- Approfondissement en maths et en français.- Approfondissement en sciences humaines et en connaissances du système éducatif- Pratiques des nouvelles technologies.- Mises en place de pratiques sur le terrain plus fréquentes.- Compléments de formation dans les options selon les blocs (compléments de dominantes).- Informations sur les disciplines non retenues comme options.

Troisième année.

Formation en alternance (1/2 temps sur le terrain, 1/2 temps à l’IUFM)

Exemple d’une organisation possible d’une école à 5 cours.

M.A

Options bloc I

5h

 

M.B

Options bloc II

6h

M.A.

Options bloc I

6h

 

M.B

Options bloc II

5h

 

M.C

Options bloc I

5h

 

M.D

Options bloc II

6h

 

M.C

Options bloc I

6h

 

M.D

Options bloc II

5h

 

M.E

Options bloc I

5h

 

M.F

Options bloc II

6h

 

M.A référent

maths français
15h

M.B référent

maths français
15h

M.C référent

maths français
15h

M.D référent

maths français
15h

M.E référent

maths français
15h

 

Classe de CP Classe de CE1 Classe de CE2 Classe de CM1 CM2 Dans une école à cinq cours, nous pourrions considérer que le volume horaire non utilisé (10h) du maître F soit mis à la disposition de l’école en plus de l’horaire de la décharge du directeur. S’il était estimé que les heures de services supplémentaires restent insuffisantes, il faudrait récupérer le service d’un maître qui dispenserait les options du bloc I.- La répartition proposée tient compte de l’horaire officiel. Les 15h du maître de référence équivalent à l’horaire de maths et de français plus une heure d’étude dirigée. Il se trouverait alors que l’échange de classe correspondrait à deux demi-journées, ce qui est permis pour le cycle III. La formation des maîtres à dominantes en 2 blocs d’option n’entraînerait donc pas un " chamboule tout ". Elle marquerait cependant une avancée qualitative et une autre approche du professeur d’école et de sa polyvalence.

L’expérimentation de la charte pourrait être une occasion d’éprouver ce type de décloisonnement.