|

Quand, dans le cadre d'une enquête menée par " EPS et Société " (" L'identité professionnelle à l'épreuve du sport ", bon de commande dans le bulletin n°614), nous posons la question : Dans vos demandes de formation continue, vos choix se portent en général sur,
- des apports spécifiques dans des spécialités sportives ?
- des apports dans des thèmes transversaux ?
63 % des enseignants d'EPS interrogés choisissent le premier item. C'est un indice révélateur à la fois de l'histoire de la profession et de son patrimoine, et des besoins particuliers de notre discipline.



Le risque d'une IAG (Information Anecdotique Généraliste) !

Dans un certain nombre d'académies, déjà, et notamment depuis les suppressions des MAFPEN, il faut bien constater que la FPC n'a plus grand chose ni de continue ni de professionnelle. La limitation drastique des moyens, depuis les 5 dernières années, a entraîné la suppression de nombreux stages, la démission de beaucoup de formateurs, le désengagement de beaucoup de collègues qui ne voient plus l'intérêt de se battre, surtout depuis la fameuse " circulaire remplacements ", qui est devenue en la matière une sorte de dogme empêchant toute velléité. Certes il ne faut dramatiser à outrance, d'autres académies, grâce aux sérieux et à l'engagement des militants pédagogiques, résistent. Malgré tout, si nous nous sommes battus pour un allongement de ces formations, pour qu'elles deviennent réellement continues, permettant une alternance des temps de réflexion et de tentatives de transformation de sa pratique, la tendance est aujourd'hui à l'inverse. Par ailleurs, les consignes souvent proposées par les chefs d'établissement, mettant l'accent sur les thèmes transversaux, la centration de plus en plus prononcée, dans notre discipline, sur le projet d'établissement, voire l'accompagnement de la mise en place des textes officiels (programmes en particulier), tend d'une part à rendre ces formations " généralistes " et à servir de courroie de transmission pour l'autorité pédagogique. Ce qui est un changement considérable pour nous, et qui change le sens de ce que la profession avait construit : la formation devient information, ce qui était continu devient discontinu, voire anecdotique, ce qui était professionnel, c'est-à-dire centré sur l'acte d'enseignement, son efficacité, sa nécessaire " professionnalisation ", peut devenir généraliste, formel, périphérique à l'acte lui-même.

Le pari d'une FPPEPC (une Formation Plus Professionnelle Encore Plus Continue) !

Il est évident que la FPC devait changer : ce qui avait présidé à la construction de la FPC, telle que nous la connaissions, était le reflet des besoins disciplinaires du moment : rendre scolaire, c'est à dire systématiquement enseignable, dans les conditions de l'école, ce qui relevait du champ spécifique de référence de la discipline, les APSA. La première étape consistait à connaître ou découvrir l'APS (en avoir en quelque sorte une connaissance intime, in-corporée), puis de faire subir à ces pratiques un traitement (transposition didactique) pour déterminer les contenus spécifiques qu'il faudra enseigner, et de les passer au crible (ou au filtre) des objectifs ou missions de l'école (formation du citoyen, développement de la santé…). Cette phase-là n'est bien évidemment pas terminée, en tout cas pas pour tous ni pour toutes les activités. Elle est surtout primordiale pour les jeunes collègues qui arrivent dans la profession, et qui ont parfois, pour ne pas dire souvent, une assez faible connaissance des APSA. Mais un nouveau défi nous est posé, par la société, c'est celui de la démocratisation, c'est-à-dire l'accès de tous à des pouvoirs et des savoirs exigeants, seule garantie d'une citoyenneté " efficace ", c'est-à-dire permettant d'agir et de comprendre le monde qui nous entoure. Ce qui suppose, de poser sérieusement les questions disciplinaires d'abord. Pourquoi ? Parce qu'une discipline ne peut avoir de contribution forte à l'inter ou la trans-disciplinarité, si n'est pas elle-même forte quand à son apport en tant que discipline spécifique. Or nous avons toujours des débats, malheureusement l'exemple des derniers programmes pour les lycées le prouve, sur finalement " à quoi sert l'EPS ? ". 
Travailler la question de la démocratisation consiste à connaître encore mieux les " objets d'enseignement " spécifiques à notre discipline, mais surtout à les confronter à une connaissance approfondie de l'activité de l'élève quand il tente de se les approprier. La " professionnalité " de l'enseignant d'EPS semble se dessiner, c'était le thème du Colloque du SNEP des 18-19 mars, autour de cette idée : une plus grande aptitude à " traiter " les activités en relation avec la connaissance de l'activité réelle des élèves à qui on enseigne. Cette démarche est une démarche coûteuse, qui demande de pouvoir analyser sa propre pratique, la transformer, pour la rendre plus efficace. Une démarche qui ne peut se satisfaire d'une FPC amoindrie ou routinière.
Il ne s'agit pas de récuser l'intérêt de formations sur " le projet ". Mais nous savons par expérience que ces débat produisent plus souvent, dans les équipes pédagogiques, des réflexions sur l'organisation de l'EPS que ce qui constitue le cœur de l'enseignement. Les pratiques professionnelles, leurs évolutions, doivent faire l'objet aujourd'hui d'échanges professionnels. Seule la FPC peut permettre cela, une FPC encore plus continue, ce qui suppose d'inventer de nouveaux dispositifs et mettre des moyens accrus, et une FPC encore plus professionnelle, en posant comme exigence la transformation des pratiques pour répondre aux objectifs de démocratisation.